faire œuvre
𓆸“Faire œuvre” ?
Tant que la majuscule ne se montre pas, d’accord.
D’ailleurs, c’est ce détail minuscule qui m’a fait revenir à Uzeste.
Faire œuvre comme au fil des saisons.
Faire œuvre.
L’o dans l’e sans majuscule. L’eau dans le sang majuscule, l’eau dans le SANG.
Avoir l’eau dans le SANG, c’est accorder une importance CAPITALE au flux, à l’écoulement, à l’impermanence. C’est chercher la musique dans le mouvement, ce qui ne se saisit pas mais qui résonne encore et raisonne en corps. L’eau raisonne, et donne d’ailleurs du raisin d’ici : là, les gens d’ici disent / la légende ici dit que quand l’orage passe, on y reste. On devrait l’inscrire au fronton de la collégiale, ça te la re-verticaliserait : “quand l’orage passe, on y reste”, parce que les champs, parce que le temps et la lenteur pour faire œuvre.
“Quand l’orage passe, on y reste” : rester ici tout de suite plutôt que tout de fuite (ce qui reviendrait à éviter de se confronter).
De là-bas, on vient ici. Être d’ailleurs, c’est peut-être, d’ailleurs, être en mesure d’être ici : l’écho donne du solide, le solide donne de l’écho, on crie, le cri revient, ça raisonne, encore.
On nait cri !
Un ici, c’est du solide, c’est accepter de se laisser modeler par les saison d’un territoire. C’est en faire partie.
Les géographes disent que notre espace est anthropisé - de anthropos, l’Homme : on modèle notre espace depuis fort fort longtemps. D’anthropisé à entropisé : assumer l’anthropisation de notre environnement, c’est en gérer l’entropie : inscrire l’œuvre dans un territoire (un ICI et un MAINTENANT), inscrire un mouvement (l’œuvre) dans un territoire (immobile), c’est lui reconnaître le droit à l’entropie et à la mutation permanente.
Ce sont les éléments constitutifs d’un territoire (les forêts, les installations humaines, la vie sauvage) qui sont soumis à l’entropie, pas le territoire en lui-même. Le territoire est un espace habité par l’Homme : il change de forme et de sens au fur et à mesure de l’entropisation de ses éléments constitutifs. Le mouvement est inarrêtable, l’alimenter revient à se mettre en accord avec le territoire.
S’accorder avec le territoire, puis y laisser raisonner les accords que l’on y passe.
La musique est une technique de résonance avec le monde. Poursuivre la création d’une œuvre, c’est assumer l’eau dans le SANG, assumer que l’écoulement est non seulement indispensable mais surtout inévitable, parce que fondateur.
Une technique de résonnance pacifique avec le monde.
Reste à élucider cette histoire un peu morbide de SANG. S.A.N.G., acronyme anagrammique ? N.S.A.G., aînesse, âgé. Si ici, on appelle les vieux des Anciens (majuscule), c’est peut-être pour faire honneur à une certaine science immémoriale de l’impermanence.
Uzeste, août 2015, à la suite d’une conversation avec Bernard Lubat